Batterie hydrique

Une idée farfelue m’est venue en regardant de lourds nuages flotter dans le ciel. Ils sont composés de vapeur d’eau en suspension. Comment se fait-il qu’elle reste agglomérée de façon aussi compacte pendant des heures au lieu d’être désagrégée par l’air sec ? Mais il y a une question plus intéressante encore. Comment se fait-il qu’elle soient chargée d’électricité ?

En effet, les nuages sont tellement chargés d’électricité qu’au cours des orages, la décharge d’énergie forme des arcs lumineux aveuglants qui éclatent dans un fracassant vacarme. L’éclair et le tonnerre prouvent que la vapeur d’eau en suspension en l’air agît comme une gigantesque batterie chargée à bloc. Cette batterie est parfaitement étanche puisque l’énergie ne s’en échappe pas avant l’orage.

Batterie ? Ça tombe bien, nous avons justement besoin de batteries pour stocker l’énergie électrique qui fait fonctionner nos appareils portatifs. Les nôtres sont composées d’une superposition de métaux et de produits chimiques corrosifs. L’assemblage final est toxique, il a une durée de vie limitée et il est quasiment impossible à recycler.

Ainsi vient le moment de se poser les bonnes questions. Comment se fait-il que nous ne soyons pas capables de reproduire le principe naturel des nuages ? Pourquoi ne pouvons-nous pas nous aussi stocker et puiser de l’énergie électrique dans de la simple vapeur d’eau froide compactée ?

Vu la puissance des éclairs et du tonnerre, on devine que l’efficacité de tels dispositifs d’alimentation serait infiniment plus grande que celle de nos dangereuses piles chimico-métalliques. Une fois que la batterie hydrique est déchargée de son énergie, pas besoin de recyclage puisqu’elle retourne à l’état d’eau potable. On ne peut pas faire plus écologique. En outre l’eau est plus facile d’accès que les métaux et les produits chimiques donc les coûts de production seraient probablement dérisoires.

Eh bien qu’attendons-nous pour élaborer de puissantes batteries à eau sur le modèle des nuages ?

Selon moi la réponse est tellement triviale qu’elle est choquante. Nous ne savons rien au sujet des nuages. Ce que nous croyons savoir est faux en grande partie. Nous ne savons pas comment ils accumulent de l’énergie. Nous ne savons même pas ce qu’ils stockent car ce que nous appelons "électricité" et "magnétisme" ne sont que les sous-produits de l’énergie naturelle présente dans le nuage.

Nos perceptions humaines sont bridées. Nous ne comprenons pas ce que nous voyons. Nous ignorons tout du banal nuage qui passe tous les jours au dessus de nos têtes. Si nous savions réellement ce qu’est un nuage, cela fait longtemps que nous aurions imité puis extrapolé son mode de fonctionnement à grande échelle. Le jour où nous renoncerons à l’orgueil et au déni, le véritable progrès pourra enfin faire ses timides débuts dans notre civilisation.

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